samedi 25 avril 2015

American Psycho


American Psycho de Bret Easton Ellis sorti en 1991, réédité en poche par la maison d'édition 10/18 en 2005, 520 pages (sortie originale en 1992).


Ce livre dont le narrateur fait figure de personnage principal est le journal de bord de Patrick Bateman, golden boy vivant au cœur des années 80. Ce dernier vit au rythme des bars, conquêtes, coke, restaurants « in » et autres séances de musculation pour conserver son physique d’Apollon. Ce jeune trader de 27 ans à qui tout semble réussir est aussi – accessoirement – un psychopathe qui peut égorger un concurrent sans le moindre trouble, pratique le sadisme dans tout ce qu'il peut avoir de plus extrême et abhorre les sans-abris.

American Psycho a été adapté au cinéma en 2000 par Mary Harron avec Christian Bale dans le rôle principal (celui qui jouera aussi Batman plus tard, l'anecdote mérite d'être signalée). L'adaptation reste d'une qualité très raisonnable, Bale prenant son pied à jouer ce personnage torturé (le film a eu 15 ans tout récemment, ce qui a motivé l'écriture de cette critique). Point commun des deux versions : le livre comme le film ont tout d'abord été boycottés ou même censurés, passant pour amoraux ou encore pornographiques, qualifiés d'apologies de la violence gratuite !

Je ne vous mentirai pas, on retrouve de ces éléments dans le livre d'Ellis. Mais s'arrêter là serait à mon sens passer à côté d'une œuvre qui, malgré son côté très perturbant, vaut le détour ! A mon sens, ce qui peut surtout être très dérangeant, c'est le pointillisme de l'auteur; en effet, il est très cru et met autant de véracité que possible dans le comportement, les analyses et autres perceptions du personnage. Le malaise atteint son paroxysme quand il s'agit de décrire une scène de sexe et/ou de mise à mort (il vous faudra un estomac en béton armé).
Mais c'est aussi grâce à cette force du détail qu'on a droit à des critiques musicales captivantes sur Genesis (ancien groupe de Phil Collins), Huey Lewis (le monsieur de la BO de Retour vers le futur !), etc..

Ellis nous transporte donc dans un univers d'apparences, où l'argent est quasiment secondaire tant ce qui importera sera dans quel endroit sortir, quelle tenue mettre, quel plat manger, avec qui coucher… Pas ou peu de place pour les bons sentiments dans ce livre.
L'ouvrage est d'autant plus déstabilisant qu'il vous sera difficile de vous attacher au héros ; d'ailleurs, l'évolution du personnage ne vous plaira pas forcément non plus.

[J'essaie de ne pas trop en dévoiler sur l'intrigue mais j'ai l'impression de manipuler de la nitroglycérine quand je parle de ce livre . J'ai envie que, si vous veniez à vous le procurer, vous sachiez à quoi vous vous exposez.]

Ce que j'apprécie aussi dans le personnage de Bateman, c'est qu'il a beau être un psychopathe, il n'est pas infaillible.
Il est réellement malade et il sombre parfois dans un état de confusion avancée.
Pour résumer, American Psycho vous choquera, vous rendra malade peut-être, mais n'est-ce pas là son but ? Si ce livre vous laisse de marbre ou si vous vous reconnaissez dans Bateman, ça serait bien plus inhumain comme réaction de votre part. Tout ce que je vous souhaite, si vous le lisez, est d'en arriver au bout, car c'est une aventure, difficile certes, mais une belle aventure tout de même ! Ellis a une écriture très soignée et réaliste, pour un peu on se prêterait à croire à l'existence de sa création. La découverte de l'univers de ces jeunes gens à qui tout réussit, requins novices croquant la vie à pleines dents, relève quasiment du reportage tant il fourmille de détails.
Pour les plus frileux d'entre vous mais curieux tout de même, privilégiez le film qui,
malgré pas mal de « scènes choc », reste plus édulcoré que le livre dont il s'inspire.

♥♥♥♥
PS1 : La bande annonce du film en bonus ! 



PS2 : Ce film a une suite mais elle ne mérite même pas d'être évoquée !

vendredi 24 avril 2015

Daredevil

Daredevil est une série de Drew Goddard et Steven S. DeKnight issue de la collaboration entre Netflix et Marvel, et basée sur le comics Daredevil créé en 1964 par Stan Lee et Bill Everett.
Elle a été mise en ligne intégralement le 10 avril 2015 sur Netflix.


Dans le quartier d'Hell's Kitchen a New-York, ville ayant souffert lors d'une invasion extra-terrestre vue dans Avengers, Matt Murdock (Charlie Cox) est un jeune avocat qui a subit un accident le rendant aveugle. Suite à ça il développe une sorte de sixième sens. La nuit, il sort masqué et vêtu de noir pour combattre la corruption et le banditisme qui s'étendent de plus en plus dans le quartier où il a grandit.
Le jour il essaye de combattre l'injustice par le biais de la loi et une fois la nuit tombée il s'improvise à la fois juge, juré et bourreau.
Et il ne manque pas de travail, en effet les criminels New Yorkais sont de plus en plus virulents alors qu'un homme, Wilson Fisk (Vincent D'Onofrio) semble les rallier à sa cause.



Premier postulat de cette série Daredevil, c'est dark. Tant littéralement que métaphoriquement. Un éclairage paradoxalement sombre c'est un choix de réalisation audacieux qu'ont fait les créateurs de la série mais néanmoins approprié. Le héros est aveugle et les techniques utilisées à l'image permettent au spectateur d'entrer dans le monde de Murdock. Des ombres, un travail sur la profondeur de champ, des hors-champs, ici on ne voit pas l'action, on la devine. Bon j'exagère, ce n'est pas si sombre à l'image, de plus, la réalisation est vraiment intelligente et on se laisse surprendre par des plans séquences audacieux ou des focalisations aussi déroutantes qu'intéressantes.

En terme de combats, les chorégraphies sont excellentes, ça saute, ça frappe, on est comme hypnotisé devant les scènes où le protagoniste malmène ses adversaires. Pour ce qui est du personnage principal, je le trouve néanmoins quelque peu raté, trop lisse, bien qu'en constant questionnement sur ce qu'il devrait faire ou ne pas faire. Murdock n'a pas assez de profondeur et les maigres flash-back sur son enfance n'aident malheureusement pas à s'attacher à lui. Contrairement à l'antagoniste principal, Wilson Fisk qui lui est parfait, à la fois incroyablement humain mais aussi bestial dans le sens littéral du terme. Il est dommage que le méchant soit mieux réussi que le héros que l'on suit durant les 13 épisodes de 50 minutes.

Et si j'évoque la durée de la série c'est pour soulever un défaut qui est peut être inhérent au fait que j'ai regardé la totalité de la série en moins de 48 heures. En effet de par ce visionnage intensif j'ai trouvé le rythme assez inégal. 50 minutes pour un épisode c'est un format assez long et autant certains passent à une vitesse folle, autant d'autres traînent en longueur.

Je parlais de la noirceur de la série plus haut et, outre l'image, il y aussi les thèmes, comme par exemple le questionnement constant sur le fait d'ôter la vie d'autrui, les agissements des truands et la violence qui rendent le tout étonnant. Après avoir regardé Marvel Agents of SHIELD, la série d'ABC est certes de bonne facture mais elle reste assez lisse, on pouvait penser que Daredevil serait une série qui resterait soft, et bien détrompez-vous, c'est sanglant, c'est dur, et les personnes facilement impressionnables ou sensibles devraient réfléchir à deux fois avant de se lancer.
Mention spéciale aux seconds rôles qui sont vraiment bons, principalement l'homme de main de Fisk, Wesley (Toby Leonard Moore), froid, poli et incroyablement sympathique ainsi que le meilleur ami et associé de Murdock, Foggy Nelson (Elden Henson) qui est à la fois drôle et touchant.




Daredevil est donc une bonne série, certes pas sans défauts mais qui plaira aux aficionados de l'univers cinématographique Marvel. Si vous aimez les ambiances sombres, l'action et les histoires de gangsters, vous y trouverez largement votre compte.


jeudi 9 avril 2015

La Trilogie de Bartiméus (Bartimaeus Sequence)

La Trilogie de Bartiméus de Jonathan STROUD aux éditions Albin Michel. 2003 – 2005, Fantasy



La Trilogie de Bartiméus, ou comment transformer les notes de bas de page, ces choses qui souvent vous ennuient et toujours cassent votre rythme de lecture, en de petites incises aussi drôles qu’instructives.

Cette trilogie fantasy, composée de L'Amulette de Samarcande, L'Oeil du golem et La Porte de Ptolémée, est un roman à deux, puis trois voix (à partir du tome 2). L'une est celle du héros éponyme: Bartiméus, un démon («djinn» s'il-vous-plaît, quand on est poli) âgé de quelques cinq milliers d'années. Il est puissant, roublard, sarcastique, vantard – en bref, un personnage extrêmement attachant.
En écho lui répond – lui commande – celle d'un jeune magicien dénommé Nathaniel. Celui-ci a douze ans au début de l'aventure et dix-sept lors de son dénouement. Il est exceptionnellement doué pour la magie, un peu tiraillé entre ses convictions et ses aspirations, et même carrément coincé en matière d'humour. Bref, un tandem qui va au clash. La troisième vient encore détonner avec l'ensemble, mais je n'en dirai pas plus sur cette dernière.
L'action se déroule essentiellement à Londres, alors que l'Empire britannique est au faîte de sa gloire coloniale. Au sommet de la pyramide socio-politique se situent les magiciens, à leurs pieds « les démons » et les plébéiens. Le tout est cimenté par un mélange de cupidité, d'aversion et de craintes mutuelles. Heureusement, nulle trace de manichéisme dans la composition.

Le style de l'auteur est très agréable. L'évolution des personnages est particulièrement bien travaillée. Son univers est plutôt original ; il s'agit ici d'un joyeux patchwork de faits historiques, légendaires et mythologiques plus ou moins déformés. Ces nombreux clins d’œil sont rafraîchissants, un vrai cocktail d'érudition et d'irrévérence. J'imagine que l'on perd un peu de la fraîcheur des jeux de mots avec la traduction française, mais on peut cependant saluer le travail d'Hélène Collon qui nous fait parvenir de beaux restes. Et c'est une férue de V.O. qui vous le dit.

Pendant la lecture des quelques 1 200 pages, je me suis divertie avec un roman pour adolescents, jubilatoire et de bonne facture et en ai retiré beaucoup de satisfaction – malgré un T.2 un peu plus terne. Puis, sur les 200 dernières, une profondeur philosophique jusque-là suggérée se révèle. Celle-ci m'évoque le bouddhisme indien : on y retrouve les concepts d'avatars, la douleur causée par le cycle des réincarnations, l'existence d'un monde chaotique parallèle au monde sensible...
Vu que cette œuvre pêche un peu d'un point de vue d'inventivité brute, je regrette que l'action et l'humour aient prévalu sur cet aspect.
J'aurais volontiers classé cette saga parmi les meilleures dans la catégorie Fantasy/S.-F. que j'aie lues à ce jour. Au risque de froisser l'ego d'un certain djinn ou de son auteur, je ne lui attribuerai que quatre cœurs sur cinq... soit une médaille d'argent – l'horreur suprême quoi, mais après tout, qui aime bien châtie bien !

Il va sans dire que j'ai très envie de lire L'Anneau de Salomon, même héros, même auteur, même édition (la version brochée est sortie en 2011 et la version poche en 2013). Cet épisode nous ramène 3 000 ans plus tôt, et l'on y dévoile les exploits dont se targue notre sémillant djinn à longueur de tome.
Edit : Lu et apprécié, ce fut un plaisir de retrouver le pédant... euh... sémillant... brillant Bartiméus. J'ai regretté la fait que l'"Autre monde" ne soit qu'évoqué, mais la révélation de ces fameux "entretiens avec Salomon" et les impertinence du bon vieux Bart' ont largement compensé mes attentes.


♥♥♥♥♡